Les années 1848 à 1906 représentèrent une période importante pour l’art pictural indien. Elles furent marquées par le légendaire artiste Ravi Varma, honoré plus tard du titre de « Raja » par les aristocrates britanniques, et ainsi mieux connu comme le grand Raja Ravi Varma. Dès son enfance, Ravi Varma montra un vif intérêt pour la peinture et en particulier pour l’art du portrait. Ce n’est qu’après avoir découvert les peintures murales du Kérala et le « réalisme académique » occidental qu’il définit son propre style, conjuguant ces deux influences. Il fut sans doute le premier artiste indien à fondre audacieusement deux styles si différents, tout en gardant une palette, des personnages et des thèmes purement indiens.
Ses peintures reflètent la culture de l’époque et tirent leur beauté de leur tempérament singulier. Les personnages représentés, issus de divers milieux, aussi bien de la famille royale que du monde paysan, aussi bien de la noblesse indienne que de l’aristocratie britannique ou encore du mouvement des combattants pour la liberté, captent l’attention du contemplateur. Dans les portraits, la diversité des sentiments et expressions de ses personnages est brillamment exprimée par la précision et la subtilité des touches de l’artiste.
Ravi Varma sut répondre à la nécessité historique d’une transition entre tradition et modernité, ce dernier terme faisant référence non pas au mouvement d’art moderne européen mais à une forme de révolution visuelle liée à la structure sociale changeante de l’Inde.
Dès 1884, on suggéra à Ravi Varma de faire imprimer ses peintures en couleur. Dix ans plus tard, après avoir parcouru toute l’Inde, le peintre concrétisa cette idée en fondant sa propre imprimerie à Bombay. Il était convaincu que la reproduction en série de ses tableaux permettrait à des millions d’indiens d’accéder à l’Art.
Ses peintures déploient une palette complète d’émotions du registre tragique – dont les sentiments de douleur et de remords – jusqu’à la joie de vivre, en passant par la surprise et un sens profond de la « réalité » de l’existence. Elles jouissent de la beauté des contrastes : tout en étant sublimes, elles demeurent accessibles ; tout en étant divines, elles conservent une humanité généreuse.
L’artiste puise son inspiration principalement dans  la mythologie et dans l’iconographie de la religion hindoue. Les héros nationaux tels que Prithviraj Chauhan et Shivaji, ainsi que les artisans de la liberté nationale comme Subash Chandra Bose et Gandhi sont également représentés.
La beauté de la figure féminine, dont la sensualité contraste avec une dignité et une pureté extrêmes, se manifeste dans la représentation des déesses hindoues et parfois, dans celle de femmes de la noblesse ainsi que de femmes de milieu populaire.
Les représentations illustrant les « Puranas », textes sacrés hindous, furent les plus appréciées du public car elles trouvèrent leur place dans les « Puja Rooms » (pièce dédiée à la prière) de millions de maisons hindoues. En effet, pour la première fois sans doute, on avait accès à une représentation visuelle des dieux et des héros vénérés depuis toujours. Ceci contribua à l’immense succès de ces œuvres d’art, succès rendu possible grâce à la lithographie. Cette production de masse des gravures de Varma ne fut cependant que de courte durée. En effet, l’artiste n’avait pas le sens des affaires et ses images étaient, dans une certaine mesure, menacées de plagiat. Il fut contraint de vendre son imprimerie au début des années 1900.
Cette date ne marqua pas pour autant la fin de l’engouement pour les chromolithographies de Ravi Varma, puisque ces reproductions furent, plus tard, rehaussées d’étoffes brodées, en particulier certaines des demi nues. Bien que la tradition des lithographies brodées soit difficile à retracer, certains indices permettent de la situer surtout en Inde du Sud, dans l’état du Tamil Nadu, et en particulier dans la région de Chetinad. De riches familles passaient une commande à des artisans spécialisés pour faire décorer ces chromolithographies de riches soies et autres étoffes, de fil d’or, de perles et même de paillettes. Cela vient sans doute de la coutume très pratiquée qui consiste à parer les idoles des temples pendant les périodes de festivals. Ces versions agrémentées des reproductions de Ravi Varma ornaient souvent et ornent encore les murs de plusieurs pièces des maisons indiennes, et en particulier de la « Puja Room » (pièce de prière de la maison), ainsi que des chambres richement meublées des palais.
Ces chromolithographies jouèrent un rôle majeur dans le développement de l’art indien contemporain et dans celui de la technique de reproduction de peintures. La précieuse culture indienne s’exprime à merveille dans l’art du pays et en particulier dans ces reproductions.
L’impression de chromolithographies en Inde commença à l’initiative de deux français résidant à Kolkata et dont l’un dirigeait sa propre imprimerie de fortune. Les imprimeurs indiens de chromolithographies, dont Ravi Varma, abandonnèrent la méthode du dessin à la craie au profit de celle du pointillé par laquelle l’image est transférée sur la pierre point par point. C’est à Raja Ravi Varma que l’on doit la popularisation de ce merveilleux vecteur qu’est la chromolithographie.
De plus, la généralisation de cette nouvelle technique accéléra la diffusion d’œuvres écrites en langage courant ainsi que d’éditions bon marché d’illustrations populaires de la religion et de la mythologie. Certaines pièces maîtresses furent également imprimées non seulement pour faire connaître l’artiste mais surtout pour rendre la peinture accessible au peuple. Ce procédé fut par exemple très utilisé dans la lutte pour l’indépendance de l’Inde, avec les représentations des combattants de la liberté nationale et celles de l’iconographie religieuse hindoue, de façon à accroître l’esprit de nationalisme et de patriotisme.
Néanmoins, il convient de rendre son dû à l’artiste Raja Ravi Varma car, sans ses chefs d’oeuvres, la technique de reproduction de peintures n’aurait certainement pas reçu un tel accueil. Il est en effet communément admis que les sujets et thèmes des tableaux comptent autant – si ce n’est plus – que les reproductions elles-mêmes. Raja Ravi Varma est décédé en 1906 mais il demeure vivant dans ses peintures et leurs millions de reproductions, ainsi que dans les cœurs des amateurs d’art, en Inde et dans le monde.

Les années 1848 à 1906 représentèrent une période importante pour l’art pictural indien. Elles furent marquées par le légendaire artiste Ravi Varma, honoré plus tard du titre de « Raja » par les aristocrates britanniques, et ainsi mieux connu comme le grand Raja Ravi Varma. Dès son enfance, Ravi Varma montra un vif intérêt pour la peinture et en particulier pour l’art du portrait. Ce n’est qu’après avoir découvert les peintures murales du Kérala et le « réalisme académique » occidental qu’il définit son propre style, conjuguant ces deux influences. Il fut sans doute le premier artiste indien à fondre audacieusement deux styles si différents, tout en gardant une palette, des personnages et des thèmes purement indiens. Ses peintures reflètent la culture de l’époque et tirent leur beauté de leur tempérament singulier. Les personnages représentés, issus de divers milieux, aussi bien de la famille royale que du monde paysan, aussi bien de la noblesse indienne que de l’aristocratie britannique ou encore du mouvement des combattants pour la liberté, captent l’attention du contemplateur. Dans les portraits, la diversité des sentiments et expressions de ses personnages est brillamment exprimée par la précision et la subtilité des touches de l’artiste.
Ravi Varma sut répondre à la nécessité historique d’une transition entre tradition et modernité, ce dernier terme faisant référence non pas au mouvement d’art moderne européen mais à une forme de révolution visuelle liée à la structure sociale changeante de l’Inde. Dès 1884, on suggéra à Ravi Varma de faire imprimer ses peintures en couleur. Dix ans plus tard, après avoir parcouru toute l’Inde, le peintre concrétisa cette idée en fondant sa propre imprimerie à Bombay. Il était convaincu que la reproduction en série de ses tableaux permettrait à des millions d’indiens d’accéder à l’Art.Ses peintures déploient une palette complète d’émotions du registre tragique – dont les sentiments de douleur et de remords – jusqu’à la joie de vivre, en passant par la surprise et un sens profond de la « réalité » de l’existence. Elles jouissent de la beauté des contrastes : tout en étant sublimes, elles demeurent accessibles ; tout en étant divines, elles conservent une humanité généreuse. L’artiste puise son inspiration principalement dans  la mythologie et dans l’iconographie de la religion hindoue. Les héros nationaux tels que Prithviraj Chauhan et Shivaji, ainsi que les artisans de la liberté nationale comme Subash Chandra Bose et Gandhi sont également représentés. La beauté de la figure féminine, dont la sensualité contraste avec une dignité et une pureté extrêmes, se manifeste dans la représentation des déesses hindoues et parfois, dans celle de femmes de la noblesse ainsi que de femmes de milieu populaire. Les représentations illustrant les « Puranas », textes sacrés hindous, furent les plus appréciées du public car elles trouvèrent leur place dans les « Puja Rooms » (pièce dédiée à la prière) de millions de maisons hindoues. En effet, pour la première fois sans doute, on avait accès à une représentation visuelle des dieux et des héros vénérés depuis toujours. Ceci contribua à l’immense succès de ces œuvres d’art, succès rendu possible grâce à la lithographie. Cette production de masse des gravures de Varma ne fut cependant que de courte durée. En effet, l’artiste n’avait pas le sens des affaires et ses images étaient, dans une certaine mesure, menacées de plagiat. Il fut contraint de vendre son imprimerie au début des années 1900. Cette date ne marqua pas pour autant la fin de l’engouement pour les chromolithographies de Ravi Varma, puisque ces reproductions furent, plus tard, rehaussées d’étoffes brodées, en particulier certaines des demi nues. Bien que la tradition des lithographies brodées soit difficile à retracer, certains indices permettent de la situer surtout en Inde du Sud, dans l’état du Tamil Nadu, et en particulier dans la région de Chetinad. De riches familles passaient une commande à des artisans spécialisés pour faire décorer ces chromolithographies de riches soies et autres étoffes, de fil d’or, de perles et même de paillettes. Cela vient sans doute de la coutume très pratiquée qui consiste à parer les idoles des temples pendant les périodes de festivals. Ces versions agrémentées des reproductions de Ravi Varma ornaient souvent et ornent encore les murs de plusieurs pièces des maisons indiennes, et en particulier de la « Puja Room » (pièce de prière de la maison), ainsi que des chambres richement meublées des palais.
Ces chromolithographies jouèrent un rôle majeur dans le développement de l’art indien contemporain et dans celui de la technique de reproduction de peintures. La précieuse culture indienne s’exprime à merveille dans l’art du pays et en particulier dans ces reproductions.L’impression de chromolithographies en Inde commença à l’initiative de deux français résidant à Kolkata et dont l’un dirigeait sa propre imprimerie de fortune. Les imprimeurs indiens de chromolithographies, dont Ravi Varma, abandonnèrent la méthode du dessin à la craie au profit de celle du pointillé par laquelle l’image est transférée sur la pierre point par point. C’est à Raja Ravi Varma que l’on doit la popularisation de ce merveilleux vecteur qu’est la chromolithographieDe plus, la généralisation de cette nouvelle technique accéléra la diffusion d’œuvres écrites en langage courant ainsi que d’éditions bon marché d’illustrations populaires de la religion et de la mythologie. Certaines pièces maîtresses furent également imprimées non seulement pour faire connaître l’artiste mais surtout pour rendre la peinture accessible au peuple. Ce procédé fut par exemple très utilisé dans la lutte pour l’indépendance de l’Inde, avec les représentations des combattants de la liberté nationale et celles de l’iconographie religieuse hindoue, de façon à accroître l’esprit de nationalisme et de patriotisme.Néanmoins, il convient de rendre son dû à l’artiste Raja Ravi Varma car, sans ses chefs d’oeuvres, la technique de reproduction de peintures n’aurait certainement pas reçu un tel accueil. Il est en effet communément admis que les sujets et thèmes des tableaux comptent autant – si ce n’est plus – que les reproductions elles-mêmes. Raja Ravi Varma est décédé en 1906 mais il demeure vivant dans ses peintures et leurs millions de reproductions, ainsi que dans les cœurs des amateurs d’art, en Inde et dans le monde.

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